Les excès de la financiarisation de l’économie

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Les excès de la financiarisation de l’économie

Dans une première partie nous sommes revenus brièvement sur les origines du capitalisme, puis dans une deuxième sur la financiarisation de l’économie et ses dérives. Nous allons aborder une partie des excès de la finance moderne.

Les outils financiers en eux-mêmes ne sont ni bons ni mauvais, et il est vrai que certains développements récents de la finance ont aussi permis un essor de l’activité économique. Le développement constant de nouvelles technologies a eu des effets positifs et a été vecteur d’amélioration de la liquidité des marchés financiers.

Nous l’avons vu, il y a bien des aspects qui posent problème aujourd’hui et qui représentent autant de chantiers, autant de lieux d’engagement… Ceux-ci sont liés à l’usage qui est fait des outils cités, et non les outils en eux-mêmes, à savoir une déconnection avec l’économie réelle en témoigne une certaine disproportion du volume des transactions financières :

  • Seulement 22% en moyenne de l’activité d’une banque est consacrée aujourd’hui au financement de « l’économie réelle », 78% sont des opérations sur les marchés, qui peuvent être dénuées de toute connexion avec une réalité matérielle sous-jacente.
  • La somme totale des montants des contrats dérivés représente plus de 100 fois la richesse mondiale (pour mémoire, le PIB ou la richesse mondiale est d’environ 170 000 milliards d’€ en 2016)

Il y a quelques années, les crédits « subprimes » ont défrayé la chronique :

  • Ils sont à l’origine de la crise financière de 2008 en raison des prêts hypothécaires américains vers des ménages n’ayant pas vraiment les moyens d’emprunter, et fondés sur la valeur de leur maison.
  • Par la titrisation (Transformation des créances détenues par une banque en titres négociables), ces dettes ont été revendues sur les marchés à tous les investisseurs de la planète, dans tous les fonds en offrant des rendements très intéressants dans un contexte de taux bas.
  • Mais à un moment, la base financière des biens immobiliers sur laquelle était adossée une quantité colossale de dettes est devenue inférieure à ladite dette. Les ménages ont commencé à ne plus être en mesure de rembourser leurs emprunts (notamment suite à la hausse des taux variables). Il y a eu alors un retournement, et rapidement ces actifs vendus à tous les investisseurs de la planète ont vu leurs valeurs s’effondrer.
  • Puis, il y a eu contagion dans tout le système financier : par l’intermédiaire de l’effet de levier, à savoir l’endettement pour acheter de grandes quantités de ces dettes ; par des mécanismes d’assurance sur ces instruments financiers ; par la présence de ces titres dans d’innombrables fonds d’investissements ; et dans les fonds de fonds (qui achètent des parts de fonds de placements), par le jeu des titres issus de la titrisation de titres eux-mêmes résultant d’opérations de titrisation, ou des dérivés de crédit.
  • Le risque s’est retrouvé à la fois partout, et nulle part… Tel un dérèglement galactique il est devenu impossible à cerner et donc quantifier. La première banque significative à faire faillite fut Lehman Brothers (cf partie 1) aux Etats Unis. Les Etats, en fait les contribuables, ne purent sauver les banques qu’en injectant des milliards, et les cours de bourse (des banques et de toutes les entreprises) se sont effondrés.
  • Les banques ont perdu plus des 3/4 de leur valeur en quelques mois. A titre d’exemple, il fallait 108 milliards de dollars pour acheter l’intégralité de BNP Paribas en 2007 et seulement 32 milliards en 2009. La déconnection avec un réalisme concret et simple de la capacité des ménages à rembourser un emprunt a provoqué la mise en péril du système financier mondial. C’est bien là hélas une démonstration lapidaire d’un effet papillon.

Dans une prochaine partie, nous continuerons nos réflexions sur les excès de la finance moderne.