Les excès de la finance moderne

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Les excès de la finance moderne

Dans les trois premières parties nous sommes revenus brièvement sur les origines du capitalisme, sur la financiarisation de l’économie et ses dérives et sur les excès de la finance moderne. Nous continuons notre réflexion à propos des récents débordements.
Comme développé dans les premières parties une dépersonnalisation s’opère, comme nous le montre notamment l’exemple du high frequency trading :

• L’High frequency trading, c’est l’achat et vente à haute fréquence par ordinateur, opérant sur la base d’algorithmes cherchant à profiter de très courts laps de temps sur les marchés. Les transactions se déroulent dans l’espace de millisecondes ou même de microsecondes, pour certains informaticiens, la vitesse de la lumière est une contrainte.

• Ce mode de transaction dans lequel les ordinateurs remplacent les traders représente déjà 60% des échanges totaux sur les marchés financiers U.S. et plus d’un tiers en Europe (début 2012). Les marges unitaires sont très faibles, mais les volumes traités sont immenses, et les primes empochées très substantielles. Le problème est celui de la potentielle manipulation du marché par ce biais du fait de l’ampleur des ordres d’achat et de vente ; s’y ajoute le constat d’une totale déconnexion en regard du financement de l’économie réelle.

En conséquence, il y a bien entendu des impacts sur les personnes et sur l’environnement :

Si la finance semble évoluer dans un monde qui lui est propre, ses effets sur les personnes et sur l’environnement sont en revanche réels et très concrets !

• Conversion toujours plus extrême de ressources naturelles en biens marchands ;

• Générer de la croissance exige une exploitation toujours plus extrême des ressources naturelles : sables bitumineux, gaz de schiste, déforestation, mines exploitées selon la technique du « mountain top removal » (on démolit les sommets des montagnes pour exploiter des gisements). Pour ce qui est de la production agricole, force est de constater que dans certains pays les cultures à finalité énergétique remplacent les cultures à finalité alimentaire. Enfin les entreprises en recherche constante de nouveaux marchés se ruent vers les pays émergents pour y trouver de nouvelles zones de croissance. Et certains vont même jusqu’à envisager une exploitation minière de la Lune!

• Polarisation pour plus de richesse :
Spéculer sur les matières premières par le biais des produits dérivés engendre une manipulation des cours sans prise en compte des impacts réels sur les populations (au mieux inégalités et chômage, au pire faim et misère…). Il existe encore de nombreuses situations d’esclavage et de travail forcé sur la planète. Autour des chaines d’approvisionnement aux conditions de travail désastreuses chacun a en mémoire l’accident d’avril 2013 au Bangladesh, à savoir l’effondrement d’un immeuble qui a coûté la vie à plus de 1000 employés du secteur textile, sous-traitants de grands groupes occidentaux.

• Emprisonnement des Etats et de la politique :
On assiste à une dissociation entre le libéralisme économique et le libéralisme politique comme en témoigne l’existence de régimes autoritaires « compatibles » avec le marché: la Chine et ses 1,4 milliards d’habitants (vus comme autant de consommateurs par le marché et les entreprises occidentales). Mais plus préoccupante est l’érosion des structures politiques démocratiques sous la pression des marchés. On a vu récemment, par exemple, le renversement de gouvernements démocratiquement élus (Irlande, Grèce, Italie) parce que la crise traversée par ces pays était amplifiée par une spéculation contraire sur les marchés.

En 2008, les Etats ont dû sauver les banques et pour cela s’endetter massivement. Ce fût de fait une socialisation des pertes des banques, désormais assumées par les contribuables, alors que les profits étaient jusque-là entièrement privés. Ces mêmes Etats sont maintenant attaqués par les marchés en raison de leur fragilité financière, donc, les Etats ne peuvent se permettre de nouvelles faillites de banques.
L’Etat français, par exemple, n’a pas les moyens de sauver les quatre grandes banques françaises en cas de défaut de paiement. En effet, le total du bilan de BNP Paribas est de 2 000 milliards d’Euros, ce qui est l’équivalent du produit intérieur brut français (7 000 milliards pour les trois premières banques françaises). S’il fallait assumer une faillite, l’Etat (et donc les contribuables français) devraient rembourser ces dettes pendant des décennies.
De leur côté, les banques continuent à exercer un lobbying massif contre toute régulation qui viendrait entraver leur marge de manœuvre. En témoignent les milliards dépensés par les banques aux Etats-Unis pour assouplir les nouvelles réglementations (US 2,3 mds de $ dépensés en 2011 pour amender la loi Dodd-Frank rédigée afin de tenter de corriger les excès ayant conduit à la crise). Au final, sous la pression des banques, la loi ne va concerner qu’une fraction minime de l’activité des banques.